Affaire T-689/24 : la Cour de justice de l'UE confirme que la Pologne ne peut pas retarder la déduction de la TVA en amont

La décision du Tribunal européen dans l'affaire I.S.A. c. Dyrektor Krajowej Informacji Skarbowej (affaire T-689/24) marque un moment décisif dans le débat de longue date sur l'approche restrictive de la Pologne en matière de déduction de la TVA en amont.

Livré le 11th L'arrêt confirme que les règles polonaises relatives au droit de déduire la TVA polonaise en cas de possession préalable d'une facture sont incompatibles avec le droit de l'UE.

Il s'agit de la première affaire de TVA polonaise portée devant la Cour générale qui aboutit à une victoire claire pour les contribuables, et elle a des implications significatives à la fois pour les pratiques administratives et pour l'alignement législatif sur la directive TVA de l'UE.

Situation actuelle

Pendant des décennies, les autorités fiscales polonaises ont interprété la législation nationale sur la TVA comme signifiant qu'un contribuable ne pouvait déduire la TVA en amont que pour la période au cours de laquelle il possédait physiquement la facture. Cette interprétation a fait de la facture non pas une simple exigence procédurale, mais une condition substantielle de l'existence du droit lui-même.

Le requérant, I.S.A., a contesté cette approche après avoir demandé une décision fiscale individuelle concernant le moment de la déduction de la TVA sur les factures relatives à l'achat d'électricité et de gaz. Le litige portait sur la naissance du droit à déduction :

  • lorsque le fait générateur de l'impôt se produit, ou
  • qu'une fois que le contribuable a reçu la facture, comme l'ont affirmé les autorités polonaises

Principales conclusions du Tribunal

  1. Le droit à déduction naît lorsque la TVA devient exigible

La Cour a statué sans équivoque que le droit de déduire la TVA en amont naît au moment où la TVA devient exigible, et non lorsque le contribuable reçoit la facture.

La facture constitue une étape formelle dans la réclamation de la TVA, mais elle ne détermine pas la naissance du droit lui-même. Le simple fait d'avoir à remplir des documents ne doit pas retarder ou empêcher une déduction justifiée.

  1. Les règles nationales qui retardent la déduction de la TVA en amont ne sont pas compatibles avec le droit communautaire

La CJCE a estimé que la législation nationale ne peut pas empêcher un contribuable de déduire la TVA en amont au cours de la période où les conditions sont remplies, simplement parce que la facture a été reçue tardivement, à condition que le contribuable détienne la facture au moment où il dépose sa déclaration de TVA.

Une telle règle a pour effet de reporter la déduction, obligeant les entreprises à supporter le coût économique de la TVA pendant une période supplémentaire.

  1. Principes du droit de l'UE renforcés

La décision fait référence aux principes fondamentaux du régime de TVA de l'UE :

  • Neutralité fiscale : La TVA ne devrait pas constituer un coût pour les assujettis lorsqu'ils remplissent les conditions de déduction.
  • Proportionnalité et efficacité : Les formalités procédurales ne peuvent pas porter atteinte au droit à la déduction ou le rendre indûment difficile.

Résultat de l'affaire

La décision de l'ECG confirme effectivement que l'approche de la Pologne consistant à imposer une règle stricte en matière de délais de facturation qui reporte la déduction de la TVA est incompatible avec la directive européenne sur la TVA.

Si la Pologne continue à maintenir ces règles dans sa législation nationale, elle risque d'enfreindre le droit communautaire et pourrait devoir modifier sa loi sur la TVA pour s'aligner sur la directive.

Impact sur les entreprises

Pour les entreprises opérant en Pologne, cet arrêt clarifie la situation :

  • La TVA en amont doit être déductible au cours de la période où la TVA devient exigible, pour autant que la facture soit détenue avant la date limite de déclaration de la TVA.
  • Les contribuables ne pourront plus être contraints de déduire la TVA en amont au cours de périodes ultérieures uniquement en raison de factures tardives, à condition qu'ils soient en mesure de documenter la fourniture avant le dépôt de la déclaration.

Conclusion

La décision préjudicielle de l'ECG dans l'affaire T-689/24 est une étape importante dans le renforcement de la cohérence entre les procédures nationales en matière de TVA et la législation de l'UE.

En confirmant que le droit à déduction naît lorsque la TVA devient exigible et qu'il n'est pas raisonnable d'exiger que la facture soit reçue au cours de la même période de TVA, cette décision renforce la neutralité fiscale et la proportionnalité. Le report de la TVA en amont n'est justifié que lorsque la facture n'est pas détenue au moment du dépôt de la déclaration de TVA.